Les luminaires marocains : métal ajouré, verre et peau
Des dinandiers de Fès aux souks de Marrakech, ce qu’il faut savoir pour reconnaître un luminaire marocain, l’entretenir sans l’abîmer et l’utiliser en sécurité.

Un luminaire marocain appartient presque toujours à l’une de trois familles : le métal découpé ou ajouré (cuivre, laiton, fer), qui projette ses motifs sur les murs ; la lanterne à verres clairs ou colorés, montée sur une armature métallique ; la lampe à abat-jour en peau tendue, qui diffuse une lumière chaude et voilée. Ces objets viennent d’une longue tradition urbaine, celle des dinandiers de Fès et des souks de Marrakech. Pour bien en choisir un, regardez la matière et les traces de fabrication, demandez ce que le vendeur sait vraiment de son origine, et faites vérifier l’installation électrique, surtout sur une pièce ancienne.
Trois familles, une même idée : filtrer la lumière
Ce qui rassemble ces luminaires, c’est moins un style qu’une manière de traiter la lumière. L’ampoule n’est jamais montrée nue : elle est tamisée, découpée, colorée.
- Le métal ajouré. La paroi est percée de motifs. Éteint, l’objet se lit comme une pièce de métal ; allumé, il dessine sur le plafond et les murs un réseau d’ombres et de points lumineux.
- Le verre. Des panneaux de verre, clair ou teinté, sont sertis dans une armature. La lumière traverse la matière et prend sa couleur.
- La peau. Une peau tannée, tendue sur une structure, laisse passer une lumière diffuse, sans éclat ni ombre portée nette.
| Famille | Matière principale | Lumière obtenue | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Métal ajouré | Cuivre, laiton, fer | Motifs projetés, contrastes forts | Bords coupants, électrification |
| Lanterne à verres | Métal et verre | Lumière colorée ou claire, plus directe | Fixation des verres, chocs |
| Abat-jour en peau | Peau tannée, armature métallique | Lumière diffuse et chaude | Chaleur de l’ampoule, humidité |
Fès : le cuivre des dinandiers
Le mot qui désigne ce savoir-faire est européen. La dinanderie regroupe la fabrication d’objets utilitaires ou décoratifs par martelage de feuilles de métal ; le terme apparaît au XIVe siècle et vient de Dinant, en Belgique, où ces objets étaient produits. Les métaux cités sont notamment le cuivre et le laiton. La mise en forme se fait au marteau, par planages successifs. Le repoussé fait naître des reliefs à l’aide de poinçons, et l’emboutissage forme les volumes qu’une simple feuille ne peut pas suivre.
À Fès, ce travail a une adresse. La place Seffarine, petite place de la vieille ville située au sud de la mosquée Qarawiyyin, porte le nom des chaudronniers qui y travaillent depuis des siècles. Elle fut historiquement le principal souk des dinandiers de la ville, et leurs ateliers y sont attestés au moins depuis le XVIe siècle, au temps où Léon l’Africain les décrivait. La madrasa Saffarin, sur la même place, date de 1271, sous les Mérinides.
Un reportage publié par Le360 en mars 2026 détaille les étapes actuelles : les plaques de cuivre sont martelées pour prendre forme, puis les motifs traditionnels sont dessinés et travaillés dans le métal, étape que l’artisan interrogé décrit comme l’une des plus délicates ; un polissage donne l’éclat final. Le même article décrit un métier sous pression : hausse du prix du cuivre qui réduit les marges, de moins en moins d’apprentis, et la crainte de voir le geste manuel céder devant la mécanisation.
Marrakech : souks des forgerons, de la dinanderie et des lampes
Marrakech organise ses métiers par souks. On y trouve notamment le souk Haddadine, marché des forgerons et de la ferronnerie ; le souk Attarine, marché de la dinanderie et des épiciers ; et un souk dit « des Tamis », décrit comme le marché des lustres et des lampes en fer forgé. Les lanternes figurent parmi les produits que l’on y rencontre, à côté des théières, des chaudrons et des plateaux. Le cuir a lui aussi ses souks, celui des selliers et ceux des maroquiniers.
Cette géographie dit une chose utile à l’acheteur : un souk est d’abord un lieu de vente. Tout ce qui s’y trouve n’est pas nécessairement fabriqué dans l’atelier voisin, ni même dans la ville. La question de l’origine se pose donc objet par objet.
Laiton, cuivre, fer : ce que dit le métal
Le laiton est un alliage composé essentiellement de cuivre et de zinc, en proportions variables ; sa teinte change avec la teneur en zinc, d’un ton rougeâtre à un jaune franc. Le cuivre, plus rouge, se patine à l’air. Sur le cuivre et ses alliages, la corrosion atmosphérique forme à la longue une couche verdâtre, le vert-de-gris. Beaucoup d’objets en laiton sont par ailleurs recouverts d’un vernis ou d’une laque qui protège leur surface : c’est un point décisif pour l’entretien.
Le fer forgé, enfin, est le matériau des lustres et des lampes du souk des Tamis. Plus sombre et plus graphique que le cuivre, il dessine des structures plutôt que des surfaces.
Matières citées
- Laiton brossé Poignées, luminaires, robinetterie, détails de mobilier.
- Cuivre martelé Ustensiles, luminaires, éviers, objets de dinanderie.
- Verre soufflé ambré Luminaires, vases, verrerie.
Verre et peau : deux lumières plus douces
La lanterne à verres est la plus architecturale des trois familles. Ses panneaux, plats ou bombés, sont tenus par une armature de métal découpé. Selon le verre, la lumière reste franche ou se teinte d’ambre, de vert, de rouge. Vérifiez que chaque verre est bien maintenu, sans jeu, et qu’aucun bord n’est ébréché. Le soufflage du verre est un métier à part entière ; si la matière vous intéresse, la fiche du souffleur de verre en décrit les gestes.
La lampe en peau relève d’un autre univers, celui du cuir, très présent dans les souks de Marrakech comme dans ceux de Fès. Une peau tannée et tendue sur une armature produit une lumière ambrée et homogène ; elle reçoit souvent des décors peints. Deux précautions s’imposent : la peau n’aime ni la chaleur ni l’humidité. Préférez une ampoule qui chauffe peu, éloignée de la paroi, et tenez la lampe à l’écart des pièces d’eau. L’origine animale de la peau doit pouvoir être indiquée par le vendeur ; s’il ne la connaît pas, notez-le comme une incertitude, pas comme un détail. Le travail du cuir a sa propre filière, présentée dans la fiche du maroquinier.
Reconnaître une fabrication artisanale, sans se raconter d’histoires
Il n’existe pas de critère infaillible. Une irrégularité peut être imitée, une patine peut être provoquée, et un objet fait main peut être d’une grande régularité. On peut en revanche réunir des indices et poser les bonnes questions.
Indices qui plaident pour un travail manuel :
- des traces de marteau visibles sur l’intérieur comme sur l’extérieur d’une pièce martelée ;
- de légères variations d’un motif ajouré à l’autre, notamment aux angles ;
- des assemblages lisibles (rivets, soudures, languettes repliées) plutôt qu’une coque d’une seule pièce ;
- une épaisseur de métal cohérente avec le poids de l’objet.
Indices qui appellent la prudence :
- une répétition parfaite des motifs sur toute la surface, signe possible d’une découpe ou d’un emboutissage mécanisés ;
- une couleur « laiton » très uniforme sur un objet étonnamment léger ;
- une patine identique sur toutes les faces, y compris celles qui ne sont jamais touchées.
Les questions à poser, enfin : où l’objet a-t-il été fabriqué, et par qui ? Le métal est-il massif ou plaqué ? Est-il verni ? L’électrification a-t-elle été faite sur place, ou par le revendeur, et selon quelles règles ? Un vendeur sérieux répond avec précision, ou dit qu’il ne sait pas.
Entretenir le métal sans l’abîmer
Tout dépend d’une seule question : le métal est-il verni ? Un laiton ou un cuivre verni garde son éclat sous son film protecteur. Le frotter avec un produit à polir rayerait ou percerait ce film, et le métal se mettrait à ternir par plaques. Un chiffon sec et doux suffit.
Un métal non verni, lui, évolue. Le laiton fonce, le cuivre brunit, et des traces de vert-de-gris peuvent apparaître dans les creux. Vous pouvez accepter cette patine, qui fait partie de la vie de l’objet, ou la reprendre avec un produit adapté au métal, toujours essayé d’abord sur une zone cachée et utilisé selon les indications de son fabricant.
Quelques règles valent pour toutes les familles :
- Débranchez le luminaire et laissez refroidir l’ampoule avant toute intervention.
- Dépoussiérez au pinceau doux les motifs ajourés, où la poussière s’accumule.
- N’immergez jamais un luminaire électrifié et ne mouillez ni la douille ni le câble.
- Nettoyez les verres à l’eau tiède, sans choc thermique.
- Pour la peau, un dépoussiérage à sec, rien d’autre.
L’électricité, surtout sur un luminaire ancien
Un luminaire est un appareil électrique avant d’être un objet décoratif. En 2015, la DGCCRF a mené une enquête ciblée sur les luminaires portatifs, les appliques murales et les guirlandes lumineuses : près d’un tiers des articles prélevés présentaient des anomalies susceptibles d’engendrer un danger pour l’utilisateur, et 46 des 146 produits prélevés ont été jugés dangereux. Les risques relevés étaient le choc électrique, le départ de feu, la coupure et la brûlure. L’administration notait aussi que les artisans fabricants vendent parfois sans contrôle. Le matériel électrique vendu dans l’Union européenne relève aujourd’hui de la directive 2014/35/UE, dite « basse tension ».
Rien de cela ne disqualifie un luminaire fait main. Mais un objet rapporté de voyage, chiné ou ancien doit être regardé comme un appareil à contrôler.
Sur un corps en métal, le moindre fil dénudé au contact de la paroi met toute la surface sous tension : c’est la raison pour laquelle l’électrification d’une lanterne ajourée ne s’improvise pas.
Où placer la lumière ajourée
Un luminaire ajouré a besoin de surfaces proches pour exister. Suspendu sous un plafond bas ou posé près d’un mur, il projette des motifs nets. Dans un grand volume, les motifs se diluent et l’objet redevient une simple source lumineuse. Les murs clairs et mats reçoivent le mieux ces projections ; un enduit lisse et légèrement brillant, comme le tadelakt, les adoucit par reflet.
Le métal ajouré dialogue naturellement avec les autres matières du décor marocain : le bois de cèdre sculpté, dont les usages sont décrits dans notre page sur le bois au Maroc, la céramique émaillée, les textiles tissés. Si vous cherchez des pièces forgées sur mesure en France, le métier concerné est celui du ferronnier d’art.
Pour d’autres objets et leur fabrication, la rubrique Objets du magazine prolonge cette enquête.
Sources
Pages consultées pour la rédaction de cet article. Les valeurs propres à un produit renvoient à la fiche technique de son fabricant.
- Art et artisanat (EP5). À Fès, la dinanderie entre passion, héritage et défis économiques fr.le360.ma
- Place Seffarine — Wikipedia en.wikipedia.org
- Dinanderie — Wikipédia fr.wikipedia.org
- Souks de Marrakech — Wikipédia fr.wikipedia.org
- Laiton — Wikipédia fr.wikipedia.org
- Sécurité des luminaires economie.gouv.fr
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