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Savoir-faire

La tapisserie d’ameublement : gestes et matériaux

Sous le tissu d’un fauteuil se superposent des couches aux noms précis : sanglage, guindage, crin, embourrure, mise en blanc. Ce qu’elles font, et quand confier son siège à un artisan.

La tapisserie d’ameublement consiste à garnir puis à couvrir sièges et literie. Sous le tissu d’un fauteuil traditionnel se superposent plusieurs couches : des sangles tendues sur la carcasse, des ressorts maintenus par des cordes nouées (le guindage), une toile forte, du crin animal ou végétal enveloppé dans une toile de jute (la toile d’embourrure), des piqûres qui donnent sa forme à la garniture, une toile blanche (la mise en blanc), enfin l’étoffe de couverture et ses finitions. Le garnissage dit « contemporain », lui, emploie de la mousse et de la colle. Refaire un siège, c’est dégarnir, consolider, puis reconstruire ces couches dans l’ordre. Dès que la carcasse ou une garniture ancienne est en jeu, mieux vaut confier le travail à un tapissier.

Un métier, deux terrains

Selon l’Onisep, le tapissier ou la tapissière d’ameublement restaure ou conçoit les fauteuils et la literie, et décore aussi fenêtres et murs avec des tissus, des rideaux et des coussins. Le siège constitue le cœur technique du métier : c’est à lui qu’est consacré le CAP Tapissier-tapissière d’ameublement en siège, qui forme à la réalisation de la garniture et de la couverture des sièges et des lits.

Le référentiel de ce diplôme situe le titulaire comme ouvrier professionnel qualifié, dans des entreprises artisanales, petites ou moyennes, pour des fabrications à l’unité ou en petites et moyennes séries. Il insiste sur le respect de critères esthétiques et stylistiques : avant de garnir un siège, il faut en déterminer le style. La fiche de notre rubrique Métiers d’art consacrée au tapissier détaille formations et débouchés.

Le vocabulaire du siège, couche par couche

Le métier a une langue précise. Le lexique annexé au référentiel du CAP en donne les définitions de base, en précisant qu’elles sont des indications pour le lecteur non initié plutôt que des définitions arrêtées.

Terme Ce que c’est Rôle
Carcasse (ou fût) Structure de siège ou de lit Tout repose sur elle
Taquets Petites pièces de bois fixées autour des montants de dossier et des supports d’accotoirs Reçoivent la fixation des toiles de garnissage et des étoffes
Sanglage Pose de sangles tendues sur le châssis Fond porteur de l’assise
Guindage Maintien des ressorts à l’aide de cordes tendues et nouées Les ressorts travaillent ensemble, sans se coucher
Toile forte Toile qui recouvre les ressorts Support de la garniture
Garniture Ensemble des matériaux de remplissage façonnés pour le confort et l’esthétique Le volume du siège
Toile d’embourrure Toile de jute qui enveloppe les fibres de garnissage, végétales ou animales Contient et met en forme le crin
Rabattage Fixation définitive de la toile d’embourrure sur le chanfrein (un angle à 45° taillé à la râpe) ou la feuillure Fige la forme
Mise en blanc Recouvrement de la garniture par une toile blanche Couche de propreté sous l’étoffe
Couverture Recouvrement de l’ensemble de la garniture par une étoffe Le tissu visible
Entoilage Étoffe tendue sur le dossier extérieur Finition du dos

À ces couches s’ajoutent les piqûres : des points de couture traversant la garniture, qui la tiennent et dessinent ses arêtes. Le référentiel cite expressément « la piqûre de crin animal » parmi les savoir-faire évalués.

Traditionnel ou contemporain : deux logiques

La garniture traditionnelle

Elle repose sur des matériaux naturels : fibres végétales et crin animal, mis en œuvre selon la méthode adaptée au siège. Un ancien certificat de compétences enregistré auprès de France Compétences la résume ainsi : une garniture en crin végétal emballée de toile d’embourrure, sur des ressorts guindés et un sanglage qui assurent la solidité. Le même texte mentionne les garnitures « à guindage, suspendues » de certains fauteuils Art déco.

Le crin végétal vient d’un palmier, le palmier nain (Chamaerops humilis), originaire des régions bordant la Méditerranée occidentale. Il était autrefois exploité en Afrique du Nord pour produire ce crin, obtenu à partir des fibres de ses feuilles et employé à rembourrer coussins, fauteuils et matelas. Le crin animal, lui, est cité par le référentiel du CAP comme matériau de piqûre.

La garniture traditionnelle se construit couche après couche, à la main. Elle est longue à réaliser, mais elle se démonte et se reprend : un tapissier peut, des décennies plus tard, rouvrir le siège, conserver ce qui est sain et refaire le reste.

Le garnissage contemporain

Le garnissage en mousse, dit « contemporain », est décrit dans le même certificat comme une technique industrielle qui utilise de la mousse et de la colle. Issu de l’industrie, il se prête à la fabrication en série et convient naturellement aux sièges conçus pour lui.

Garniture traditionnelle Garnissage contemporain
Matériaux Sangles, ressorts, cordes, toiles, crin animal ou végétal Mousse, colle
Mise en œuvre Manuelle, couche par couche Technique d’origine industrielle
Réparation Le siège se rouvre et se reprend Les éléments collés se remplacent le plus souvent plutôt qu’ils ne se réparent
Sièges concernés Sièges anciens et de style Sièges dessinés pour la mousse

Le bon choix suit le plus souvent la construction d’origine. Garnir de mousse un fauteuil ancien prévu pour le crin peut modifier son profil et ses arêtes ; à l’inverse, reconstruire en crin un siège moderne dessiné pour la mousse n’a guère de sens.

Refaire un siège : les étapes

Le référentiel du CAP décrit la réalisation d’un siège dans un ordre qui sert de fil conducteur à toute réfection traditionnelle.

  1. Protéger les pieds et les parties en bois apparentes.
  2. Dégarnir, c’est-à-dire retirer la couverture et l’ancienne garniture, en observant comment elles étaient construites.
  3. Contrôler la carcasse, recoller si nécessaire les assemblages et les taquets.
  4. Tracer les axes du siège, pour que la garniture soit symétrique.
  5. Sangler, poser les ressorts et les guinder.
  6. Couvrir les ressorts d’une toile forte.
  7. Mettre en crin, emballer dans la toile d’embourrure et rabattre.
  8. Piquer les points qui fixent la garniture et dessinent ses bords.
  9. Mettre en blanc, puis couper et poser le tissu de couverture.
  10. Finir : clous décoratifs, passementerie, couture.

Si le bois lui-même est abîmé, fendu, vermoulu ou décollé, l’intervention relève d’abord de l’ébéniste. Notre guide pour restaurer un meuble explique comment évaluer l’état d’une structure en bois.

Choisir le tissu de couverture

Le tissu est la partie visible, mais il doit d’abord tenir. Pour un siège utilisé tous les jours, sa résistance au frottement compte davantage que sa beauté au premier regard : demandez au vendeur sa résistance à l’abrasion mesurée selon la méthode Martindale, que nous détaillons dans notre article sur les matières d’un salon.

Quelques points à vérifier ensuite :

  • Le sens du tissu. Un velours a un sens de poil, qui change sa teinte selon l’angle ; il se pose dans un sens défini et se brosse dans ce sens.
  • Le raccord des motifs. Un motif doit être centré sur le dossier et l’assise, et raccordé d’un élément à l’autre ; cela demande plus de métrage qu’un uni.
  • La tenue. Un tissu d’ameublement est conçu pour être tendu et frotté ; un tissu d’habillement, même beau, s’y prête rarement.
  • L’entretien. Un siège garni ne passe pas en machine : choisissez une couleur et une fibre compatibles avec l’usage de la pièce.

Matières citées

  • Lin lavé Linge de maison, rideaux, housses.
  • Laine bouclette Revêtement de sièges, plaids, coussins.
  • Velours côtelé Sièges, coussins, têtes de lit.
  • Jute tressée Tapis, revêtements, sacs.
Composer une planche avec ces matières

La jute, qui sert de matière à la toile d’embourrure, rappelle que les matériaux cachés d’un siège sont aussi des choix de matière.

Quand confier le siège à un artisan

Certaines interventions restent à la portée d’un amateur soigneux : dépoussiérer, recouvrir une assise plate posée sur un panneau, changer une galette. D’autres demandent un savoir-faire qui s’apprend en formation, et dont les gestes ne s’improvisent pas.

Confiez votre siège à un tapissier si :

  • la carcasse bouge, grince ou présente des assemblages décollés ;
  • les ressorts se font sentir, percent la toile ou se sont couchés ;
  • la garniture de crin est affaissée, déformée ou partie en poussière ;
  • le siège est ancien, de style ou de valeur, et sa construction d’origine mérite d’être préservée ;
  • le tissu choisi est délicat, à motifs à raccorder ou à poser avec passementerie.

Ce qui fait varier le travail, et donc le devis

Deux sièges d’apparence semblable peuvent demander des temps de travail très différents. Ce qui pèse :

  • L’état de la carcasse. Un bois sain se garnit directement ; des assemblages à recoller, des taquets à refaire ou une pièce cassée ajoutent une étape, parfois confiée à un ébéniste.
  • Ce qui se conserve. Des ressorts sains, un crin encore souple peuvent être réemployés après nettoyage ; une garniture effondrée doit être refaite entièrement.
  • Le type de garniture. Une garniture traditionnelle, construite et piquée couche par couche, demande davantage d’heures qu’un garnissage en mousse.
  • La forme du siège. Un dossier galbé, des accotoirs garnis, des capitons multiplient les coupes et les plis.
  • Le tissu et les finitions. Un motif à raccorder demande plus de métrage ; un galon, des clous posés un à un ou une passementerie ajoutent du temps de pose.

Au moment du devis, posez des questions précises : quelle garniture est prévue (crin animal, crin végétal, mousse) ? Quels éléments d’origine seront conservés ? Le prix comprend-il le tissu, la passementerie, la réfection de la carcasse ? Quel délai ? Un artisan sérieux explique ses choix et accepte de montrer le siège en cours de travail. Pour trouver un atelier, consultez aussi notre rubrique ateliers.

Sources

Pages consultées pour la rédaction de cet article. Les valeurs propres à un produit renvoient à la fiche technique de son fabricant.

  1. CAP Tapissier – tapissière d’ameublement en siège : référentiel de certification (éduscol) referentiels-professionnels.eduscol.education.fr
  2. CAP Tapissier – tapissière d’ameublement en siège : lexique (éduscol) referentiels-professionnels.eduscol.education.fr
  3. RS2783 - Certificat de compétences aux techniques de la tapisserie en sièges (France Compétences) francecompetences.fr
  4. CAP Tapissier-tapissière d’ameublement en siège (URMA, Institut pour les savoir-faire français) institut-savoirfaire.fr
  5. Tapissier / Tapissière d’ameublement - Onisep onisep.fr
  6. Chamaerops humilis - Définition et Explications (Techno-Science.net) techno-science.net

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